Dépolluer les mines abandonnées du Québec
Une équipe de recherche étudiera le rôle des microorganismes dans la décontamination des eaux d’une dizaine de sites miniers.
Une équipe composée de la professeure du Département des sciences biologiques Cassandre Lazar, chercheuse principale, de son collègue Maikel Rosabal Rodriguez et de la professeure du Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère Violaine Ponsin a obtenu 381 000 dollars pour un projet de recherche intitulé «Les mines abandonnées détiennent-elles la clé de la restauration?» Cette subvention leur a été octroyée par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts, de concert avec le Fonds de recherche du Québec (FRQ), dans le cadre du Programme de recherche en partenariat sur le développement durable du secteur minier-III. Au total, le ministère et le FRQ ont attribué près de 6,9 M$ à 20 projets de recherche.
Le Québec compte actuellement plus de 300 mines abandonnées. Laissés en plan depuis plusieurs décennies – les compagnies minières n’étaient pas tenues de restaurer les sites avant l’entrée en vigueur d’une loi en 1995 –, ces anciens sites miniers abritent des éléments traces métalliques (ETM), dont certains sont des métaux lourds qui peuvent être toxiques à des concentrations élevées et ainsi constituer une source de contamination pour les eaux de surface (lacs, rivières) et souterraines avoisinantes.
«Les mines abandonnées, comme tout habitat souterrain continental, contiennent également des microorganismes (bactéries, archées, champignons, protozoaires, algues) provenant des eaux souterraines les ayant envahies, observe Cassandre Lazar. Au fil des décennies, ces microorganismes ont pu s’adapter à cet écosystème aquatique artificiel et ont probablement développé des stratégies métaboliques pour faire face aux ETM et les transformer.»
Cela fait déjà quelques années que la chercheuse et ses collègues s’intéressent aux mines abandonnées. L’équipe de recherche vise d’abord à évaluer les ETM dans les eaux d’une dizaine de sites au Québec, notamment en Outaouais et en Abitibi, de même que dans les eaux de surface potentiellement connectées. Ces données seront combinées à des analyses géochimiques, isotopiques et spatiales afin d’identifier les sources potentielles de contamination en surface, de caractériser les types d’ETM et de générer des cartographies précises de leur répartition dans les environnements miniers étudiés.
«Dans un deuxième temps, nous allons étudier la diversité des communautés microbiennes dans ces eaux, afin de comprendre quelles espèces y vivent, la façon dont elles sont impactées et quelles fonctions métaboliques elles possèdent ou ont mis en place», indique la professeure.
Le troisième volet du projet consistera à isoler et à cultiver des souches microbiennes présentes dans les eaux des mines abandonnées pour exploiter et utiliser leur potentiel de transformation des ETM dans le cadre de stratégies de bioremédiation. «La bioremédiation est une méthode de décontamination qui utilise des organismes vivants, principalement des microorganismes, pour transformer des polluants dans les habitats concernés, explique Cassandre Lazar. Cette méthode repose sur l’utilisation de voies métaboliques mises en place par des communautés microbiennes qui se sont adaptées pour faire face à des environnements contaminés. Ce que veut un microorganisme, c’est croitre, survivre et se reproduire.»
La professeure estime que son équipe pourra ainsi démontrer que ces anciennes mines détiennent la clé de leur restauration.
L’équipe de recherche travaillera avec deux partenaires: le service de la gestion des sites miniers abandonnés du ministère des Ressources naturelles et des Forêts, et Derena Géoscience, une firme de consultation offrant des services diversifiés dans le domaine de l’énergie et des ressources naturelles. Elle pourra aussi compter sur l’aide de plongeurs du groupe PTO Exploration afin de recueillir des échantillons de microorganismes dans les eaux des mines.