La scénarisation cinématographique: un univers méconnu

Gabrielle Tremblay vise à faire découvrir la richesse du patrimoine scénaristique du Québec.

La scénarisation cinématographique au Québec constitue une pratique d’écriture largement méconnue, tant par la recherche que par le grand public. Pour mieux la faire connaître, la professeure du Département d’études littéraires Gabrielle Tremblay brossera le portrait de ce continent peu exploré grâce au projet de recherche «Scénarios, scénaristes et archives de la Cinémathèque québécoise: pour une approche renouvelée du corpus scénaristique des années 1970 et 1980», financé par le CRSH (programme Développement savoir).

«Mon intérêt pour ce sujet au croisement des études cinématographiques et littéraires remonte à mes recherches de maîtrise menées à Paris, qui portaient sur la reconnaissance institutionnelle du scénario et du scénariste de cinéma en France, explique Gabrielle Tremblay. Cet intérêt a aussi été nourri par mon expérience d’assistante à la distribution de rôles au cinéma et à la télévision à Montréal, de 2003 à 2018, alors que la lecture de scénarios faisait partie de mes tâches quotidiennes.»

Le projet de recherche est issu d’un triple constat: la marginalisation des études ayant pour objet le scénario en tant que forme textuelle, la rareté des recherches portant spécifiquement sur les scénarios et leurs auteurs au Québec, et l’absence de travaux d’envergure menés à partir d’archives scénaristiques.

Selon la professeure, ces phénomènes sont liés, notamment, à l’influence exercée à la fin des années 1950 en France par la «Nouvelle Vague», le mouvement porté par un groupe de critiques et de cinéastes – Jean-Luc Godard, François Truffaut, Claude Chabrol et d’autres – rassemblés autour de la célèbre revue Les Cahiers du cinéma. «Ces derniers affirmaient que le réalisateur est un artiste au même titre qu’un peintre ou un écrivain et, surtout, l’unique auteur d’un film, comme si la part la plus noble de la création cinématographique se trouvait du seul côté de la réalisation.»

La question de savoir qui est le véritable auteur d’un film a fait l’objet de nombreuses querelles, rappelle Gabrielle Tremblay. «Certes, le cinéaste est l’auteur du film, mais le scénariste est l’auteur du scénario. Ce sont deux objets distincts. Quand un film est adapté d’un roman, celui-ci ne disparaît pas. Pourquoi devrait-on oublier le texte scénaristique?» Même dans les cas où le réalisateur est aussi l’auteur du scénario, celui-ci n’en demeure pas moins écrit, insiste la professeure. «L’an dernier, j’ai publié l’édition critique du scénario du film Les ordres, réalisé et scénarisé par Michel Brault en 1974. Le scénario était basé sur des dizaines de témoignages – plus de 500 pages – de gens emprisonnés durant la crise d’Octobre en 1970. Cette démarche de scénarisation a pourtant été complètement ignorée.»

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